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Le syndrome de fatigue chronique, une maladie qui épuise

Mis en ligne par ID Privé le 15/09/2020


Le syndrome de fatigue chronique, une maladie qui épuise
L’expérience acquise lors de précédentes épidémies de syndrome respiratoire aigu sévère (SARS) l’a montré : parmi les malades, une proportion non négligeable développait ce que l’Organisation mondiale de la santé appelle syndrome de fatigue post-virale, aussi connu sous le nom de syndrome de fatigue chronique.

Alors que des patients infectés aux premiers mois de la pandémie de Covid-19 reviennent consulter pour cause de fatigue, courbatures, maux de tête, et autres symptômes, on peut craindre que bon nombre d’entre eux souffrent de syndrome de fatigue chronique. Mais de quoi s’agit-il exactement ? Est-ce une maladie rare ? Et dispose-t-on de thérapies ?

Entre 150 000 et 300 000 malades
Le syndrome de fatigue chronique (SFC) désigne un état de fatigue inexpliqué et persistant depuis plus de six mois. Ceux qui en souffrent ne récupèrent pas les capacités dont ils ont souvent été brutalement privés, et ils restent parfois très handicapés, se montrant incapables de travailler, voire devant rester alités. Quant à la maladie, elle est répertoriée dans la classification internationale des maladies (CIM10 : G93.3) et le fichier des maladies de la sécurité sociale (AMELI). Mais elle a connu plusieurs classifications diagnostiques et dénominations, depuis le SFC en 1994 jusqu’à la récente maladie d’intolérance systémique à l’effort (MISE), en passant par l’encéphalomyélite myalgique (EM).

La prévalence de ce syndrome varie suivant les études épidémiologiques et la définition retenue. En prenant les critères les plus sélectifs, elle concerne entre 0,2 et 0,4 % de la population. Bien qu’aucune étude sur le nombre de malades n’ait été menée en France, on peut donc estimer que 150 000 à 300 000 Français souffrent de ce syndrome. Les femmes sont plus touchées que les hommes, et les jeunes adultes davantage que les autres, bien que le SFC puisse frapper à tout âge.

Une fois sur deux, sa survenue est brutale : la maladie peut notamment se déclarer après un épisode infectieux banal. Le patient qui demeure fatigué se souvient très bien d’un avant et d’un après. Le SFC évolue alors par poussées, avec des périodes de rémission incomplète. L’amélioration ou la guérison spontanée, qui est possible dans la moitié des cas, est cependant rare après trois ans d’évolution.

Comment établir le diagnostic ?
Le diagnostic de SFC, préalable indispensable à une prise en charge coordonnée, repose sur des critères cliniques et des examens permettant d’exclure d’autres causes de fatigue chronique.

Celle-ci peuvent être nombreuses : il faut notamment s’assurer qu’il n’y a pas d’infection (hépatites B et C, virus d’immunodéficience humaine, virus d’Epstein-Barr, cytomégalovirus, tuberculose…), de maladie auto-immune ou inflammatoire (syndrome de Gougerot-Sjögren, lupus systémique, MICI…), de cancer, de carences ou d’insuffisances (anémie ferriprive, insuffisance rénale…), de troubles hormonaux (hypo ou hyperthyroïdie, insuffisance surrénalienne, diabète…) ou neurologiques (myopathie, sclérose en plaques…), de troubles du sommeil (syndrome d’apnée du sommeil, narcolepsie…), etc.

Une fois ces possibles causes écartées, plusieurs symptômes doivent alerter, notamment un sommeil ne permettant pas de récupérer. Le plus caractéristique de ces symptômes porte le nom de "malaise post-effort" : après un effort physique ou intellectuel ne posant auparavant aucun problème, la personne concernée se retrouve épuisée, sa fatigue persistant des heures, voire des jours entiers. S’y associent fréquemment des troubles cognitifs (problèmes de mémoire, difficultés de concentration, ralentissement du traitement de l’information) et parfois des difficultés à rester debout.

Des causes encore à identifier
Tous ces symptômes doivent être présents depuis au moins six mois pour conduire au diagnostic de SFC. S’y ajoutent souvent des troubles digestifs et des douleurs, notamment articulaires ou musculaires, ou dues à des manifestations inflammatoires (avec des ganglions douloureux cervicaux ou axillaires et des pharyngites inexpliquées), plus rarement des anomalies pulmonaires, cardiovasculaires (syndrome de tachycardie posturale) et génito-urinaires.

Le SFC peut par ailleurs être associé à d’autres syndromes somatiques fonctionnels, comme le syndrome de l’intestin irritable et la fibromyalgie. Reste une difficulté majeure : pour l’heure, bien que de nombreux efforts de recherche soient menés sur le sujet, notamment dans le cadre du réseau EUROMENE, on ne dispose toujours pas de marqueurs biologiques spécifiques permettant de poser avec certitude le diagnostic de SFC. Le développement de la recherche passe par l’identification des patients atteints de SFC, ce qui est encore trop peu fréquent notamment en France, seul un petit nombre de médecins s’impliquant dans ce domaine. Moyennant quoi bon nombre de patients errent de consultation en consultation.

Si de nombreuses pistes sont explorées, l’étiologie du SFC demeure en effet inconnue. Comme le confirment des études menées chez des patients souffrant à la fois de fibromyalgie et d’un SFC, des facteurs génétiques ont ainsi été identifiés : ils concernent des récepteurs sensibles à l’adrénaline, la noradrénaline ou la dopamine, ou encore des voies métaboliques, énergétiques ou de la douleur. Mais il semble également que le stress, qu’il soit de nature infectieuse (SARS, virus d’Epstein-Barr…) ou psychologique, puisse constituer un facteur déclenchant.

Autre explication avancée : la persistance d’anomalies inflammatoires et immunitaires chez des individus génétiquement prédisposés, avec toute une série d’événements : notamment, une perméabilité de la muqueuse intestinale augmentée, ce qui faciliterait le passage d’antigènes et de toxines, déclenchant à leur tour différentes perturbations. Enfin les recherches mettent en évidence un dysfonctionnement des mitochondries, organites cellulaires jouant le rôle de "centrales énergétiques". Et des facteurs psychologiques pourraient intervenir dans le maintien de la fatigue, avec un risque de dépression souvent réactionnelle au handicap et au défaut de prise en charge.

Des traitements décevants
Sans surprise, ces incertitudes quant aux origines de la maladie sont autant d’obstacles à sa prise en charge, et les traitements s’avèrent décevants. Sur quelque 55 essais randomisés contrôlés, seuls 8 se sont montrés significatifs sur le plan statistique - dont 3 avec des médicaments et 5 avec des interventions non pharmacologiques.

Les espoirs fondés sur le rituximab n’ont pas été confirmés. Et si, au Royaume-Uni, un programme d’exercices physiques progressifs a permis de diminuer la fatigue dans le cadre d’un essai randomisé, tous ceux qui souffrent de SFC ne peuvent pas se plier à une telle pratique : certains sont incapables de quitter leur lit, et il peut exister des contre-indications. Pour le moment, l’unique recommandation que l’on puisse faire à tous les patients est d’apprendre à gérer l’énergie dont ils disposent, pour éviter la survenue du malaise post-effort. Ou encore proposer des thérapies cognitivo-comportementales, qui peuvent se révéler bénéfiques.

Aujourd’hui, la recherche s’oriente vers des traitements de restauration du système immunitaire et de contrôle de l’état inflammatoire chronique, combinés à un renforcement énergétique. Quant au handicap et à ses conséquences socioéconomiques, pour l’heure peu étudiées, elles font actuellement l’objet d’un programme de recherche européen visant à mieux apprécier les conséquences du SFC et ses coûts de prise en charge. Dans le contexte pandémique que nous vivons actuellement, il semble plus que jamais nécessaire de mieux comprendre le SFC et la fatigue chronique post-virale.



Source >> The Conversation  / Jean-Dominique de Korwin
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