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La bombe à retardement du logement

Mis en ligne par ID Privé le 13/05/2020


La bombe à retardement du logement
La crise sanitaire se double d’une crise du logement, liée à l’appauvrissement des populations modestes. Les locataires sont particulièrement exposés. Associations et chercheurs craignent des vagues massives d’expulsions dans le parc privé et social, après un confinement déjà compliqué.

C’est une bombe à retardement dont les déflagrations pourraient encore retentir dans plusieurs mois : 6 à 7 millions de Français auraient du mal à payer leur logement, selon 
une récente étude de l’Institut de Recherches économiques et sociales (IRES) . Son auteur, Pierre Concialdi, estime que "les mesures annoncées par le gouvernement le 15 avril dernier ne concernent qu’une minorité de ces ménages en difficulté" car la crise liée au Covid-19 frappe les ménages déjà pauvres mais aussi ceux qui ont des revenus intermédiaires, plus d’un tiers des actifs ayant vu leurs revenus d’activité baisser.

"Il faut prendre en compte les hausses de dépenses liées à l’eau, à l’électricité, au téléphone, après deux mois passés confinés dans les logements", renchérit Christophe Robert, délégué général de la Fondation Abbé Pierre, "sans compter les dépenses d’alimentation qui augmentent, à cause des cantines scolaires ou professionnelles fermées, tout comme les marchés qui peuvent, parfois, permettre de manger à moindre frais. Certains bailleurs sociaux parlent déjà de 10% de loyers impayés depuis le début du confinement mais le risque, majeur, de défaut de paiement de loyers et de charges est encore devant nous, avec à terme, la menace d’expulsion. C’est une angoisse pour des milliers de Français. Ils sont réduits à faire de douloureux arbitrages, notamment en matière de santé ou d’alimentation, affectant parfois les enfants".


La crise sanitaire est venue compliquer le quotidien de 12,1 millions de Français, déjà fragilisées par rapport au logement, devant assumer un effort financier excessif ou en situation de précarité énergétique. Difficile, par ailleurs, d’estimer le nombre de personnes qui dépendent du travail informel pour vivre, dans le ménage, la restauration, le bâtiment et qui ont vu leurs revenus disparaître à cause de la crise du coronavirus et de l'arrêt de l'économie, sans aide à attendre de patrons peu scrupuleux.

Autre signal d’alerte : "Au sein de Paris Habitat, qui gère près de 123 000 logements dans la Capitale et en petite couronne, plus de 6 500 impayés nous sont remontés rien que sur les deux premières semaines du confinement. L'Île-de-France et les grandes métropoles vont être particulièrement touchées par la crise du logement car on y trouve de nombreux locataires qui payent des loyers très élevés, ainsi que des primo-accédants qui ont des charges élevées", affirme Jean-Baptiste Eyraud, porte-parole de l’association Droit au Logement (DAL). Les inquiétudes de la Fondation Abbé Pierre et du DAL sont confirmées par Pierre Concialdi, chercheur à l’IRES, pour qui les conséquences de baisse de revenus des ménages à cause de la crise du coronavirus peuvent être considérables voire dramatiques, sachant que "le poids des dépenses contraintes (ou 'pré-engagées') a fortement augmenté depuis 60 ans. Selon l’Insee, il est passé de 12% en 1960 à 27% en 2017". Et de citer 
une étude de la DREES  (la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques ; direction de l’administration centrale des ministères sanitaires et sociaux), publiée en mars 2018 par Michèle Lelièvre et Nathan Rémila (2018), "Quelle que soit la catégorie de niveau de vie, la consommation pré-engagée est constituée en majorité de loyers et de charges (57 % pour l’ensemble des ménages). Ce poste représente les deux tiers de la consommation préengagée des ménages pauvres mais à peine plus de la moitié de celle des populations aisées, plus souvent propriétaires ou accédants à la propriété de leur logement."

Au sommaire
- Les locataires en première ligne dans la crise du logement
- Les aides du gouvernement jugées insuffisantes pour faire face à la crise du logement
Risque de crise du logement, après des mois de confinement compliqués
La suroccupation des logements touche davantage les Outre-mer que la France
Les familles monoparentales sont davantage confrontées à la suroccupation des logements que les autres ménages
La qualité de vie, qui plus est en période de confinement, diffère également en fonction des espaces privatifs (jardin, cour, terrain) dont disposent les ménages.
- Quand la pauvreté se cumule à l’isolement
Si la situation s’est améliorée sur le front des logements insalubres en France, les situations individuelles n’en sont pas moins dramatiques.
Inégalités entre la métropole et les Outre-mer sur l’insalubrité des logements

Source >> France Culture

Christophe Robert, délégué général de la Fondation Abbé-Pierre : "si on ne fait pas le nécessaire maintenant, on aura des impayés, et donc des expulsions"
Avec trois autres associations (Unafo, Uniopss et Fédération des acteurs de la solidarité), la Fondation Abbé-Pierre a soumis au ministère du Logement des préconisations en faveur des plus démunis pour l’après-confinement. Christophe Robert, son délégué général salue la mobilisation suscitée par la crise et appelle à "transformer l’essai" pour que des solutions durables soient enfin imaginées.
Source >> ASH