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Brexit : quel serait l'impact d'un no deal en France ?

Mis en ligne par ID Privé le 20/09/2019


Brexit : quel serait l'impact d'un no deal en France ?
Et si l'hypothèse d'un no deal se concrétisait ? Etant donné la volonté affichée de Boris Johnson, Premier ministre britannique, de faire sortir son pays de l'UE coûte que coûte, celle-ci ne cesse de gagner en probabilité. Et en France, beaucoup se préparent au pire le 31 octobre, date prévue pour le Brexit. Quels secteurs de l'économie française en paieraient le plus les conséquences ? Quels territoires et populations subiraient l'impact le plus important ?

Quels seraient les secteurs de l'économie les plus touchés ?
Un no deal aurait des conséquences variables sur l'économie française, selon les secteurs.

Le commerce
Si le Royaume-Uni sortait de l'UE de manière concertée, dans le cadre de l'accord trouvé en novembre dernier avec l'Union européenne, la France figurerait parmi les six pays les plus touchés par le Brexit, indique une étude publiée en octobre 2018 par le cabinet Euler Hermes.
Mais si le Brexit devait finalement être brutal, la France aurait nécessairement encore plus à perdre.
La facture pourrait s'élever à 3 milliards d'euros de pertes d'exportations  pour l'Hexagone (d'après l'étude d'Euler Hermes en prévision d'un no deal le 29 mars 2019, première date du Brexit avant son report). En effet, une sortie du Royaume-Uni sans accord ferait basculer les relations économiques sous le régime de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) avec l'apparition de droits de douane supplémentaires. L'industrie automobile ferait à cet égard partie des secteurs les plus affectés.
En outre, le no deal impliquerait une absence de transition, de délais et de dérogation, actuellement garantis dans l'accord de retrait, pour les 30 000 entreprises françaises qui exportent au Royaume-Uni, dont 3 000 qui y sont même installées. Les exportateurs français de vins et de spiritueux, pour ne citer qu'un autre exemple et pour qui le Royaume-Uni est le deuxième plus gros client en valeur, auraient à essuyer de lourdes pertes.


L'agriculture et l'alimentaire
Le Royaume-Uni est, plus généralement, le troisième client du secteur agricole français. Ce dernier dégage un excédent bilatéral vis-à-vis du Royaume-Uni d’environ 3 milliards d’euros en moyenne chaque année. Report du Brexit ou no deal, l'impact sera de toute manière négatif pour les agriculteurs français.
Le montant des aides européennes qu'ils reçoivent pourrait connaître une baisse, de 2 à 9 % en fonction de la présence ou de l'absence d'un accord, note en avril 2018 Farm Europe, think tank spécialisé sur les questions agricoles. En effet, la Politique agricole commune, dont l'Hexagone est le premier bénéficiaire, verrait son budget se réduire si le Royaume-Uni venait à ne plus y contribuer.
Et sur les seuls produits laitiers, les droits de douane pourraient atteindre 41 %  ! Impliquant donc une baisse potentiellement importante des échanges agricoles entre la France et le Royaume-Uni.
"30 jours pour comprendre l'Europe" : La politique agricole commune (PAC)


La pêche
Autre secteur très inquiet d'un no deal : celui des marins-pêcheurs français. Sans accord, ils n'auraient plus le droit de jeter leurs filets dans les vastes eaux territoriales britanniques, qui sont les plus poissonneuses d'Europe et où ils effectuent 30 % de leurs captures. Car en cas de retrait brutal le 31 octobre, le Royaume-Uni sortirait immédiatement de la Politique commune de la Pêche (PCP). Et pourrait alors bloquer l'accès à ses eaux, qui seraient dès lors uniquement régies par son droit, pour tous les pêcheurs européens.
Comme pour la Politique agricole commune, étant donné que la pêche relève de la compétence de l'UE, le gouvernement français n'aurait quant à lui pas la possibilité de mettre en place des mesures nationales afin de limiter la casse.
L'UE a cependant adopté deux mesures en janvier 2019, en prévision d'un Brexit sans accord alors prévu pour le 29 mars. La première vise à autoriser les navires britanniques à accéder aux eaux de l'UE jusqu'à la fin de l'année. Mais cette mesure est conditionnée à une réciprocité britannique, qui se fait toujours attendre. Pour parer à l'éventuelle absence de celle-ci, la seconde mesure permet que les pêcheurs européens puissent recevoir une compensation financée par les fonds européens pour couvrir, au moins en partie, les pertes causées par l'impossibilité d'accéder aux eaux britanniques.
Brexit : quelles conséquences pour la pêche ?


Des dizaines de milliers d'emplois menacés
Selon une étude de chercheurs de l'institut IWH  (publiée en février en prévision d'un Brexit sans accord le 29 mars 2019), se basant sur l'hypothèse d'un recul de 25 % de la demande pour des produits européens au Royaume-Uni, ce sont 50 000 emplois en France qui seraient menacés par un no deal.
Si un tel scénario se réalisait, le choc serait plus important pour le Royaume-Uni que pour les Vingt-Sept : une étude publiée en janvier 2018 par le cabinet de recherche Cambridge Econometrics  avait estimé qu'au total 500 000 postes au Royaume-Uni étaient menacés par un "Brexit dur".


Quels territoires subiraient l'impact le plus important ?
Les régions qui seraient les plus touchées par un no deal sont sans conteste celles situées sur le littoral de la Manche : à savoir les Hauts-de-France, la Bretagne et la Normandie. Par leur situation géographique, elles sont logiquement intimement liées à la Grande-Bretagne dans leurs échanges.
Dans les Hauts-de-France, le Royaume-Uni représentait 8,8  % des exportations régionales en 2018, en troisième position derrière la Belgique et l'Allemagne, selon un document publié en août par la Chambre du commerce et de l'industrie de la région. Un retour des barrières douanières et des contrôles pourrait donc particulièrement perturber les échanges.
En Bretagne, pas moins de 600 petites et moyennes entreprises (PME) commercent avec le Royaume-Uni. Et pour la plupart d'entre elles, échanger avec un Etat tiers, en dehors du marché commun, relève du saut dans l'inconnu. L'ensemble des paramètres à prendre en compte (douanes, normes phytosanitaires et sécuritaires différentes, démarches administratives…) devra les amener à faire évoluer leurs stratégies commerciales. C'est pourquoi la région a mis en place un numéro vert  à leur disposition, pour qu'elles puissent se préparer au mieux des conséquences d'un no deal.
Dans ces trois régions, ce sont surtout les ports, points névralgiques des échanges, qui seront en première ligne en cas de sortie du Royaume-Uni de l'UE sans accord. Avec le retour des contrôles pour l'ensemble des camions, des files d'attentes monstres au départ pour la Grande-Bretagne ne sont pas à exclure. Et ce même si les nouvelles formalités ne devaient durer que quelques minutes supplémentaires par rapport à la situation actuelle, tant les volumes des marchandises sont importants.
A cet égard, le gouvernement français d'Edouard Philippe a déclenché en janvier un plan national  pour faire face à un no deal. Ce dernier a permis 50 millions d'euros de dépenses publiques pour des travaux d'aménagements dans les ports et les aéroports (terminés dès le 29 mars), ainsi que 600 embauches, de douaniers notamment.
Très concrètement, des parkings ont par exemple été construits dans certains ports, comme à Calais, pour limiter les engorgements en cas de rétablissement des contrôles. En l'état actuel des préparatifs à un no deal, ces derniers pourraient même être évités, à condition que l'ensemble des transports se soient conformés à temps aux nouvelles règles en termes de contrôle qui seraient applicables. Ce qui ne vas pas de soi…
Mais si les conséquences d'un no deal seront sans doute les plus présentes dans les Hauts-de-France, en Bretagne et en Normandie, l'ensemble du territoire français devrait en subir l'impact. A plus ou moins grande échelle, en fonction des échanges commerciaux.
Même les Pays et Territoires d'Outre-mer (PTOM), réunis début mars  à Tahiti, s'inquiètent du départ des Britanniques de l'UE. Qu'il y ait un accord ou non, ils craignent notamment que l'assistance financière européenne dont ils bénéficient pâtisse du Brexit. Car le budget de l'UE alloué à cette aide serait amputé de la contribution du Royaume-Uni, lequel comprend près de la moitié des PTOM de l'UE (par exemple Pitcairn, les îles Malouines et les îles Caïmans).


Quelles seraient les populations les plus affectées ?
Etant donné la variété des secteurs et des territoires pour lesquels un no deal aura un impact négatif conséquent, les populations les plus touchées en France sont également variées.
Les plus de 150 000 citoyens britanniques résidant sur le territoire français, évidemment, sont directement concernés par un tel scénario. En cas de no deal, ils seraient dès le 1er novembre, au lendemain du Brexit, considérés comme des ressortissants de pays tiers et non plus comme des citoyens européens bénéficiant de la libre circulation.
Dans son plan no deal de janvier, le gouvernement français a néanmoins prévu que les Britanniques pourraient continuer de vivre en France pendant un an après le Brexit, en cas de sortie sans accord de leur pays. Le temps de demander un titre de séjour, qui leur serait accordé de manière facilitée. La mesure a été conditionnée à une réciprocité britannique en la matière. Celle-ci a été accordée par Londres avec le statut de "résident permanent", que les ressortissants de l'UE vivant au Royaume-Uni peuvent demander depuis fin janvier jusqu'au 31 décembre 2020.
Autre population, qui rassemble des personnes issues de toutes les catégories socioprofessionnelles : les voyageurs, touristes et professionnels, qui souhaitent se rendre au Royaume-Uni. Bien que ceux-ci doivent déjà se soumettre aujourd'hui à un contrôle d'identité aux frontières (le Royaume-Uni ne fait pas partie de l'espace Schengen), une sortie sans accord pourrait les confronter à des contrôles douaniers supplémentaires. Avec en particulier des questions sur les raisons de leur voyage et des fouilles de bagages.
Concernant les transports aériens, des dispositions  en cas de no deal ont d'ores et déjà été prises au niveau européen. Ces dernières prévoient que, pendant plusieurs mois au moins, les différences de licences entre le Royaume-Uni et l'UE (sécuritaires en particulier) ne cloueront pas les avions au sol, le temps de trouver un accord sur le long terme. Des dispositions réciproques, nécessaires à l'activation de celles de l'UE, ont été décidées par Londres en mars.
Du côté ferroviaire, en ce qui concerne l'Eurostar, si une sortie sans accord signifie des contrôles d'identité et de sécurité supplémentaires, ces derniers ont été préparés par les autorités françaises. Les voyageurs pourraient donc continuer à emprunter le tunnel, avec ou sans accord… Mais la multiplication soudaine de ces contrôles et leur caractère inédit seraient néanmoins susceptibles de provoquer d'importants retards, que ce soit dans les airs ou sur les rails, dans les premiers mois suivant un no deal.

Toute l'Europe - Synthèse complète - 2019-09-13

 



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